Phase 2 — Collecte ou conscientisation des besoins relatifs aux conditions de travail
But de la phase
Les CAE n’ont cessé de se construire grâce à des usages. Depuis la création des premières CAE, à la fin des années 90, début des années 2000, elles n’ont fait qu' agglomérer de nouvelles règles, de nouveaux cadres, défendre de nouvelles libertés. À force d’ajouter des strates, elles ne ressemblent plus à ce qu’elles étaient au début, elles se transforment, se déforment, tout en continuant leur chemin sur les routes de l’innovation sociale. Elles sont ce que l’on appelle des organisations monstrueuses, c’est-à-dire différentes de l’ordinaire. Elles sont extra-ordinaires.
Ce sont tous ces changements qui ont permis de faire prendre conscience au législateur qu’il était nécessaire de cadrer son statut et celui de ses membres. Ainsi, la loi de 2014 relative à l’économie sociale et solidaire a permis, en autres choses, la création du Contrat d’Entrepreneur·e Salarié·e Associé·e. Cet exemple montre que l’expérimentation du travail au sein des CAE a permis de modifier et d’adapter les lois de façon pérenne.
Dans cette continuité, il semblerait important de considérer et de diagnostiquer les conditions de travail et d’emploi des salarié·es des CAE afin de pouvoir les améliorer en créant du droit, et ainsi s’inscrire dans le sillon de l’innovation initié depuis plus de 30 ans.
Le but de cette phase est de réussir à déceler ou à prendre conscience des conditions de travail et d’emploi au sein des CAE du panel dans le but trouver des hypothèses de travail pour la création de futurs accords.
[Alternative 1] : La méthode scientifique de collecte des besoins
En sciences sociales, afin d'asseoir une démarche scientifique, plusieurs outils sont utilisés en fonction des approches choisies. En théorie ancrée, les entretiens semi-directifs sont des outils que les sociologues, anthropologues et gestionnaires affectionnent tout particulièrement. Il s’agit de faire discuter le/la chercheur·euse avec les membres du terrain d’étude. Cette discussion, dirigée par le/la chercheur·euse, va consister à interroger un sujet suivant une grille d’entretien afin de connaître son point de vue sur la situation étudiée. Cet entretien “semi-directif” est dynamique. Certes, il comporte des questions orientées, mais la conduite de cet entretien permet des relances et des approfondissements sur certains thèmes. Le/la chercheur·euse est libre d’exploiter, sur le moment, les digressions de la personne avec qui iel s’entretient. La qualité de l’entretien réside en partie sur la capacité du chercheur·euse à amener le/la répondant·e à tout dire (ou presque) sur le sujet de l’étude. Cet exercice demande une préparation minutieuse d’une grille d’entretien qui devra réussir à circonscrire le sujet traité et amener la personne interviewée à répondre en son nom à ces questions.
Il y a autant d’entretiens que nécessaire et ces entretiens sont souvent menés par la même personne, avec la même grille d’entretien, ceci afin d’éviter les biais d’analyse.
L’analyse de ces entretiens constitue aussi une démarche scientifique (voir phase 3)
Contenu
À l’aide de la grille d’entretien, intervieweur·euse va s’entretenir avec la personne membre de la coopérative. Iel va mener l’entretien en se donnant la possibilité de rebondir sur des termes ou des propos de la personne interrogée. Cela permettra d’approfondir des questionnements, d’aller plus loin dans les détails des réponses. Il faudra néanmoins s’assurer de réussir à poser toutes les questions de la grille d’entretien afin de balayer toutes les thématiques prévues en amont.
L’entretien dure en général 1 heure, et afin de pouvoir exploiter les réponses faites, il est nécessaire de l’enregistrer. La personne interviewée devra être consentante de l’enregistrement.
Déroulé
Les entretiens semi-directifs se font le plus souvent en tête à tête de manière individuelle. Néanmoins, ils peuvent également se faire collectivement, la principale difficulté réside dans l’assurance que l’on peut entendre l’avis de tous les protagonistes.
Il doit se dérouler dans une atmosphère calme, dans la mesure du possible, en dehors du lieu de travail. Comme l’intervieweur·euse et l’interviewé·e ne se connaissent généralement pas, il faudra réussir à établir une relation de confiance en début d’entretien. Cela passe généralement par quelques questions d’ordre général.
Public cible de la phase (à qui s’adresse cette phase)
Dans le cadre du projet de négociation collective, il est important de pouvoir récolter les besoins et les avis des membres de la partie employeuse et de la partie salariée. Dans l’idéal, il est préférable de ne pas mélanger les deux publics ; non seulement pour avoir les avis des deux parties de l’organisation et aussi pour la parole des un·es ne soit pas bridée par la présence de l’autre. L’analyse montrera les points de convergence et de divergences des membres interrogés.
Rôle de chacun·e lors de cette phase
Membres de la CAE
Les membres de la CAE seront les personnes interrogées. Iels n’auront pas besoin de se préparer en amont. La spontanéité des propos est à privilégier.
Accompagnant·e :
Ce sera souvent le rôle de l’accompagnant·e d’endosser le rôle de l’intervieweur. Cela donnera une caution scientifique à la démarche et limitera les biais d’analyse.
Verbatims
“J’ai été surprise des réponses, ce qui me montre que les entretiens ont permis de délier les langues.”
“Les discussions suscitées en équipe, la remise du collectif au cœur du projet”
Durée de la phase
Environ 1 h par entretien.
Avec quoi les participant·es repartent ? /Supports issus de cette phase
À l’issue de cette phase, l’accompagnant·es repartira avec les enregistrements et éventuellement les notes prises. Les personnes interrogées partiront avec le sentiment de s’être livré à une personne sur ses conditions de travail et d’emploi.
Attendus pour passer à la phase suivante
Afin de passer à l’étape suivante, l’accompagnant·e devra s’assurer de s’être entretenu avec suffisamment de personnes et que les entretiens paraissent suffisamment représentatifs de la situation au sein de l’organisation.
[Alternative 2] : L’enquête conscientisante pour la collecte des besoins
L’enquête conscientisante est un outil de l’éducation populaire politique. Elle a été utilisée par les militant·es marxistes du début du 20e siècle afin de conscientiser les salarié·es sur leurs conditions de travail. Elle consiste, par une série de questions, de s’entretenir avec les salarié·es d’une organisation afin qu’iels puissent s’exprimer sur leurs conditions de travail. Cette enquête est dite “conscientisante” car, par les questions posées, elle permet aux personnes interrogées de prendre conscience dans un premier temps de leur environnement de travail, puis des conditions dans lesquelles iels travaillent et enfin de leur pouvoir d’agir au sein de leur organisation. Ces questions peuvent être administrées par une personne tierce ou alors par un·e ou plusieurs membres de l’organisation elle-même. Dans le cas du projet, elle peut ainsi être menée par les membres du CSE, dans une démarche de collecte des besoins. Cette enquête est aussi appelée enquête syndicale.
Ceci ne constitue pas une démarche scientifique par le fait qu’elle assume les biais induits par la méthode (membre de l’organisation qui organisent eux·elles-même les questions et les entretiens, orientation des questions dans un but de revendication…)
Le nombre de personnes entretenues doit être d’au moins 30 % du panel global. L’analyse des réponses se fait par le ou les personnes ayant mené l’entretien, mais aussi les personnes interrogées. (voir phase 3)
Contenu
Même si cette alternative n’est pas considérée comme une démarche scientifique d’un point de vue académique, elle nécessite néanmoins une méthode d’exécution particulière. Dans un premier temps, il faudra échafauder un questionnaire qui servira pour tous les entretiens. Ce questionnaire sera composé d’une quinzaine de questions et sera découpé en 3 parties.
La première partie servira à faire le constat du travail réalisé quotidiennement au sein de la coopérative. Les questions seront larges et porteront sur le type de coopérative dans laquelle il ou elle travaille, en quoi consiste son travail, les relations avec la coopérative, les services…
La deuxième partie portera sur l’analyse du travail que la personne fait et de ses conditions de travail. Quelles sont les conditions de travail et d’emploi dans et vis-à-vis de la coopérative ? Est-ce qu’il y a eu des dégradations au fil du temps, des améliorations ?
La troisième partie interrogera la personne sur les pistes et propositions qu’elle envisagerait. Qu’est-ce qui pour toi pourrait être amélioré ? Comment ? Est-ce que tu perçois des dysfonctionnements ?
Il sera aussi important de prévenir les personnes entretenues, à l’issue de la série de questions, qu’un temps de restitution sera organisé une fois toutes les enquêtes réalisées, et à laquelle tout le monde est convié : la réunion des enquêté·es. (voir phase 3)
Une fois peaufinée, cette série de questions va pouvoir être administrée au panel.
Déroulé
Chaque entretien durera environ 1 h avec chacun·e des membres du panel. Afin de rendre le travail d’enquête le plus rigoureux possible, il est important de garder ce temps constant sur chacun·e des membres. Il en va aussi de la crédibilité de la démarche. Bien évidemment, il pourra être question d’ajuster un peu le temps de l’entretien si la personne est plus ou moins bavarde ou si on estime pertinent d’approfondir certains points. Les premiers entretiens seront aussi l’occasion d’ajuster le questionnaire, d’enlever ou d’ajouter des questions, de passer plus de temps sur certains points. Il est important aussi de se donner la possibilité de “tirer des bords” sur certaines réponses que nous fait la personne entretenue, de rebondir sur des zones d’ombre ou des angles morts.
L’entretien pourra faire l’objet d’un enregistrement, dans ce cas, il est primordial de prévenir la personne entretenue au début de l’entretien. Cet enregistrement servira de base pour en tirer des verbatims (des pépites), en particulier concernant les conditions de travail qui seront utilisés pour la réunion des enquêté·es (voir phase 3).
Public cible de la phase (à qui s’adresse cette phase)
Il est important de bien définir le panel des personnes à interroger. Il doit correspondre à environ 30 % du panel afin qu’il soit représentatif. Pour la démarche de création d’accord, il sera composé de membres de la direction et des membres salariés de la coopérative (équipe structure et ESA).
Rôle de chacun·e lors de cette phase
Membres de la CAE :
Être disponible au moins 1 heure pour l’entretien.
Accompagnant·e :
Le rôle de l’accompagnant·e sera tout d’abord de réaliser les questions de l’enquête, de constituer le panel des enquêté·es, de trouver un temps et un lieu pour la réunion de enquêté·es. Iel devra aussi analyser les entretiens afin de déceler les verbatims (les pépites) pour la réunion des enquêté·es.
Il est à noter que pour cette phase, en fonction de la taille du panel, l’accompagnant·es pourra constituer un staff d’enquêteur·euses afin d’administrer le questionnaire dans un temps réduit. Ces personnes constituant le staff auront préalablement été enquêté elles-mêmes.
Durée de la phase
Chaque entretien durera 1 heure. Selon le nombre de personnes du panel et le staff d’enquêteur·euses, cette phase pourra s’entendre en longueur. Il est conseillé qu’elle ne dépasse pas 6 semaines.
Avec quoi les participant·es repartent ? /Supports issus de cette phase
Les participant·es ne partent pas avec des supports particuliers, mais comme pour les entretiens semi-directifs, iels partent avec le sentiment de s’être livrés à une personne sur ses conditions de travail et d’emploi.
Pour ce qui est de l’accompagnant·e ou le staff d’enquêteur·euses, la matière recueillie prendra la forme de notes réalisées lors des entretiens et/ou d’enregistrements audios.
Attendus pour passer à la phase suivante
Il sera nécessaire, afin de clôturer cette phase et passer à la suivante, de s’assurer d’avoir suffisamment d’entretiens et de les avoir commentés ou enregistrés. Toutes ces données seront utiles et nécessaires pour l’analyse des propos.
