Phase 8 — Célébration
But de la phase
Nous l’avons vu, l’histoire des coopératives d’activité et d’emploi a souvent été construite d’expérimentations, qu’elles soient heureuses ou malheureuses. Les innovations ont été nombreuses au commencement des CAE et elles ont permis d’alimenter une partie de la loi de 2014 relative à l’économie sociale et solidaire. Ce point d’étape législatif historique aura permis de cadrer les activités des CAE, mais n’a pas scellé le sort de ces organisations qui évoluent grâce à l’inventivité des membres des CAE et des solutions trouvées suite à des situations singulières. Les CAE continuent, aujourd’hui encore, de se questionner sur les problématiques du travail : comment entreprendre différemment ? Comment être salarié·e sans patron·nes ? Comment allier liberté d’entreprendre et protection sociale ? À ce titre, les CAE constituent tellement un terreau fertile que les problématiques se logent aussi dans les interstices du travail, qui souvent sont des impensés de l’ESS : le dialogue social. En effet les CAE sont des organisations tellement complexes qu’une simple application du dialogue social “traditionnel” stricto sensu ne permet pas de résoudre les problèmes de conditions de travail. Il semble nécessaire d’inventer le dialogue social qui “va avec”. Il est donc important, dans ces cas-là, de convoquer tous les outils nécessaires afin de faire émerger de nouvelles innovations. L’utilisation des outils issus de l’éducation populaire en est un bon exemple. Il est aussi parfois nécessaire d’utiliser des outils plus traditionnels qui permettront justement d’amener des solutions là où les problématiques se posent. C’est le cas de la négociation collective et des accords d’entreprises qui demandent d’invoquer les outils du droit du travail afin de créer du droit, là où il en manque. La procédure de négociation collective et l’écriture de texte qui deviendront des accords d’entreprises sont un travail qui peut s’avérer long et technique. La récompense est néanmoins louable et valorisante : du droit universel a été créé à l’attention des salarié·es d’une coopérative. Il semble alors important de faire connaître cette avancée sociale, au sein de la coopérative concernée, mais aussi au monde des coopératives.
Cette phase a pour but de célébrer la fin du processus de création de droit par la négociation collective et par l’application d’un accord travaillé collectivement au sein de l’entreprise.
Contenu
Voilà donc l’accord écrit, conclu,
il ne manque plus qu’un étage à la fusée : que cet accord soit connu de tous et toutes afin qu’il puisse prendre sa place dans la vie de la coopérative et ainsi réussir à le faire vivre. Il pourra ainsi être présenté aux nouveaux·elles salarié·es lors de l’entrée en tant que CESA, annexé au contrat de travail, présenté comme un avantage social par la coopérative et par le CSE. Cet accord pourra être aussi considéré comme le début d’une suite de négociations collectives qui débouchera sur d’autres accords.
Déroulé
Il est assez difficile de décrire un déroulé ou une durée précise sur la célébration de la fin d’un processus. Il en est de la responsabilité de la coopérative elle-même d’organiser cet évènement afin de se réjouir de cette petite histoire qui va nourrir la grande histoire. Il est néanmoins intéressant que cette célébration se place dans une double dimension. Tout d’abord une réjouissance personnelle, c’est-à-dire que des membres de la coopérative sont parvenus au terme de ce processus, en se rappelant des différentes étapes (recherche des besoins, analyses, choix des hypothèses, écriture, conclusion, validation, dépôt). Et une réjouissance collective, qui est issue du travail collectif de plusieurs coopératives au service du monde des CAE. En effet les accords écrits auront probablement une autre vie au sein des coopératives qui rechercheront des inspirations pour elles-mêmes créer du droit dans leur coopérative.
Le lieu de la célébration peut aussi avoir son importance. Les CAE ont, depuis une bonne dizaine d’années, l’habitude de se retrouver en fin d’été à Sète au sein de la Bigre Rencontre (organisé par des coopératives) et aux Grandes Rencontres (organisées par la fédération des CAE). Ces moments d’échange et de partage peuvent tout à fait être l’endroit par célébrer la fin de ce processus.
Avec quoi les participant·es repartent ? /Supports issus de cette phase
Les participant·es repartent avec le sentiment d’un travail arrivé à terme, un aboutissement, et la célébration sert de ligne d’arrivée. Il faudrait que cette fin de projet puisse également servir de catalyseur pour initier d’autres pistes d’accords. De considérer cette célébration non comme une fin, mais comme un point d’étape dans une démarche d’amélioration des conditions de travail au sein des CAE et ainsi initier un cercle vertueux de la négociation collective et de la création d’accords d’entreprise.
